If Only

2020

Nous vivons dans une époque où nos actions et leurs conséquences ont été scientifiquement et éthiquement examinées. Nous avons pris conscience que nos modes de vie ne sont pas durables et que notre culture nuit à la planète. Non seulement à la nature mais à la société-même et à l’être humain. Ce constat et l’état dans lequel il nous met, marquent le point de départ de la quête chorégraphique et dramaturgique. Dans cette nouvelle création de ZOO/Thomas Hauert, le doute, l’hésitation et une notion de vulnérabilité plutôt qu’une maîtrise volontariste et assertive donnent le timbre au mouvement: un travail minutieux sur la présence des corps sur scène oscille entre apparition et disparition, entre la nécessité de communiquer et le repli intérieur qui éteint tout rayonnement et avale toute connexion.

Note d’intention
Deux axes de travail sont définis pour cette nouvelle créationn dont la première aura lieu em mars 2020 au Théâtre Les Tanneurs. D’une part, les archives filmées en studio de la compagnie. De nombreuses heures de travail ont été enregistrées sur cassettes (mini DV et autres formats archaïques). La première volonté du chorégraphe est de se plonger dans cette matière afin d’y puiser les multiples pistes artistiques qui s’y trouvent et qui n’ont jamais été utilisées ou approfondies par ZOO. Non dans une optique nostalgique ou historique mais pour se réapproprier ces expérimentations et ces intuitions. L’intention est de les expérimenter, les analyser, les confronter et les développer avec l’expérience et le recul de la compagnie, de les traiter comme de la matière première venant d’une autre époque.

Ce principe réapparait d’autre part, dans la bande sonore qui sera basée sur Thirteen Harmonies (1985), œuvre de John Cage pour violon et clavier, notamment dans l’enregistrement de la violoniste Annelie Gahl et le claviériste Klaus Lang (clavier Fender Rhodes). Les Thirteen Harmonies sont une retranscription pour deux instruments d’une plus grande œuvre intitulée Apartment House 1776, écrite lors des célébrations du bicentenaire de l’indépendance des Etats-Unis en 1976. Pour Apartment House 1776, Cage a pris 44 pièces chorales d’un groupe de compositeurs coloniaux, dont William Billings, et a soumis leur harmonie diatonique à un processus de filtrage décidé par des opérations aléatoires. Comme l’explique Cage: « Les cadences et d’autres éléments ont disparu, mais la saveur est restée. Vous pouvez la reconnaître comme une musique du XVIIIe siècle ; mais elle est tout à coup brillante d’une nouvelle manière. C’est parce que chaque son vibre de lui-même et non d’une théorie ». Roger Zahab, un violoniste, a demandé à Cage si certains de ces travaux pouvaient être exécutés seuls au violon et au piano et il a accepté. Loin de l’optimisme naïf et de la foi inébranlable (en dieu, en soi et en la conquête des terres américaines) que respirent les hymnes originaux, les sonorités des Thirteen Harmonies deviennent à la fois reconnaissables et étranges, hantées de silences mystérieux, elles évoquent l’hésitation, le doute, la vulnérabilité, le regret.

Dans ces compositions délibérément épurées et aléatoirement déstructurées issues d’un traitement en même temps formel et chaotique, John Cage arrive à transmettre au travers d’une expérience sensuelle, un regard sceptique envers l’histoire inséparablement liée à la musique de « l’époque des pionniers ». L’esprit colonial, la violence envers les peuples indigènes, une nation bâtie à l’aide du travail des esclaves : ici un regard critique et franc sur le passé est implicitement présent et fait entendre les fragments des compositions originales comme des vestiges d’une vision égarée. Au lieu de célébrer un passé glorieux Cage propose une transparence qui laisse entrevoir les autres faces de l’histoire, afin de poser des questions et faire résonner les scrupules. On vit dans une époque où nos actions et leurs conséquences ont été scientifiquement et éthiquement examinées. On est conscient que nos modes de vie ne sont pas durables et que notre culture nuit à la planète. Non seulement à la nature évidemment mais à la société même et à l’être humain. On peut assumer qu’en tant que culture on a pris des mauvaises directions, on a fait des choix irréfléchis, on s’est construit autour de fausses conceptions sans prendre connaissance de l’impact et des conséquences de nos choix. Ce constat et l’état dans lequel il nous met marquent le point de départ de la quête chorégraphique et dramaturgique pour ce projet. Il s’agit de réévaluer, transformer et re-contextualiser ce matériel de base issu de nos archives. Il sera d’un côté du matériel abstrait (les archives filmées en studio de la compagnie) et de l’autre côté un matériel qui revisite l’histoire de la compagnie, de chacun de ses membres, des manières de concevoir du mouvement dans un autre contexte, des idées sorties d’une autre époque.

Dans le processus de création ce matériel sera traité comme si c’était une “maquette concrète” des structures et des dynamiques qui sous-tendent les relations entre l’action et la conséquence. Cette matière plutôt dynamique sera contrastée par des suspensions où des états émotionnels seront le moteur ou justement dans ce cas le frein de la danse. Le doute, l’hésitation et une notion de vulnérabilité plutôt qu’une maîtrise volontariste et assertive donneront le timbre au mouvement. Il y aura un travail minutieux sur la présence des corps sur scène, qui oscillera entre apparition et disparition, entre la nécessité de communiquer, de relater et le repli intérieur qui éteint tout rayonnement, qui avale toute connexion.

Concept & direction Thomas Hauert
Créé & interprété par Thomas Hauert, Liz Kinoshita, Sarah Ludi, Federica Porello, Samantha Van Wissen, Mat Voorter
Musique Thirteen Harmonies (1985), John Cage et autres musiques enrégistrées (en cours)
Interprétation musicale Lea Petra (Keyboard), Wietse Beels (Violon)
Lumière Bert Van Dijck
Son Bart Celis
Costumes Chevalier-Masson
Scénographie Bert Van Dijck, Chevalier-Masson, ZOO
Production ZOO/Thomas Hauert, DC&J Creation
Coproduction Théâtre les Tanneurs, Bruxelles (BE) / Charleroi danse, Centre Chorégraphique de la Fédération Wallonie-Bruxelles (BE) / Festival de Genève – La Bâtie (CH) / Centre Chorégraphique National d’Orléans – direction Maud Le Pladec (FR)
Soutiens Fédération Wallonie-Bruxelles – Service de la danse / Pro Helvetia – Fondation suisse pour les arts / Ein Kulturengagement des Lotterie-Fonds des Kantons Solothurn / Wallonie-Bruxelles International / Tax-shelter du gouvernement fédéral belge

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